« La liberté de l’art et l’exception artistique ». Libres propos sur un colloque genevois

LégipresseIl faut rendre compte de l’initiative du Centre de droit de l’art de Genève, dirigé par Maître Marc-André Renold, et de la Fondation pour le droit de l’art, présidée par Maître Pierre Gabus. Ces deux institutions ont co-organisé un colloque intitulé « La liberté de l’art et l’exception artistique » le jeudi 23 juin 2011 à la Faculté de droit de Genève. Y intervenaient les professeurs Philip Ursprung, Édouard Treppoz, Bertil Cottier ainsi que Maître Richard Sedillot. À titre d’introduction, Maître Gabus a exposé les raisons ayant conduit au choix du sujet. L’artiste peut-il tout dire ? L’artiste peut-il tout faire ? L’artiste aurait-il des droits que le non-artiste n’aurait pas ? Si le sujet est ancien – au XIXe siècle, le Procureur Pinard stigmatisait « Madame Bovary » comme une œœuvre immorale -, il est toujours d’une grande actualité. On a appris récemment que l’artiste Thomas Hirschhorn représenterait officiellement la Suisse à la 54e Biennale internationale d’art de Venise, alors que l’intéressé avait déclaré boycotter son pays en 2003. La liberté de l’art est encore, selon Maître Gabus, un sujet d’une grande richesse, puisqu’il présente de multiples facettes. On peut le traiter sous l’angle littéraire, sous l’angle de la pornographie, sous l’angle politique, etc. Un litige né à Genève même a encore donné plus de légitimité au thème du colloque : une affaire impliquant Dieudonné. À l’origine, l’humoriste s’est ému d’apprendre par la presse que la ville de Genève lui refusait la location d’une salle pour y donner son spectacle, au motif de son antisémitisme. Désireux de contester ce refus, il aurait eu beaucoup de mal à obtenir une décision administrative formelle. Entretemps, il donna son spectacle dans une salle privée. Maître Gabus indique que le spectacle, qui traitait des violences conjugales, aurait réuni une quarantaine de spectateurs. Aucun incident ne serait survenu. En tout état de cause, le Tribunal fédéral donna raison à Dieudonné dans un arrêt du 8 décembre 2010. Il y est dit que la ville de Genève a eu tort de pratiquer un acte de censure préventive.

Article de David Lefranc paru in Légipresse n° 286 – Septembre 2011, p. 477