L’œuvre et le message – Art contemporain et mise en périls de mineurs

LégipresseDu 29 mars au 8 juin 2008, le Fonds Régional d’Art Contemporain de la Moselle a présenté à Metz une exposition intitulée « You are my miror 1 : l’’infamille ». Parmi les artistes invités à illustrer l’’« infamille » figurait Eric Pougeau. Son travail consistait en une forme aussi simple que puissante. Un ensemble de petits mots manuscrits tracés sur du papier blanc étaient encadrés et accrochés les uns à côtés des autres. On comprend qu’’il s’’agit de messages adressés en leur absence par des parents à leurs enfants, soit la manifestation d’une scène banale de la vie quotidienne. La quasi-totalité des textes est composée selon une structure récurrente. Ils débutent par l’’interpellation « Les enfants », se poursuivent par une annonce variable et s’’achèvent par « vous êtes notre chair et notre sang, à plus tard Papa et Maman ». En fait d’’annonces variables, on peut égrainer le florilège suivant : « nous allons vous faire bouffer votre merde », « nous allons vous sodomiser et vous crucifier », « nous allons vous tuer par surprise », « nous allons faire de vous nos putes », « nous allons vous violer », « nous allons vous coudre le sexe », « nous allons vous défoncer le crâne à coups de marteau », etc.

L’’Association Générale contre le Racisme et le Respect de l’’Identité Française et chrétienne (AGRIF) s’’est crue investie du devoir impérieux de réprimer l’’exposition, l’œuvre d’’Eric Pougeau en particulier. Sous toutes réserves, on croit comprendre que son action connut quelques vicissitudes. L’’AGRIF aurait tenté d’obtenir le soutien du parquet, en vain. Il faut dire que le succès ne fut pas non plus au rendez-vous quand elle prétendit poursuivre pénalement l’’exposition Larry Clark au musée d’art moderne de la ville de Paris. A Metz, l’’AGRIF aurait également tenté, après avoir réclamé une indemnisation, de saisir une juridiction administrative, mais se serait heurtée au fait que le FRAC est une association de droit privé. Peu importe, car par exploit d’huissier du 8 septembre 2011, l’’AGRIF engagea une action civile sur le fondement d’une faute pénale, ce qui lui vaut d’obtenir de haute lutte la décision commentée… six ans après l’’exposition.

Article de David Lefranc paru in Légipresse juin 2014, n° 317, pp. 361-365