Rare cas de suspension d’une publication pour cause d’atteinte à la vie privée

La Cour d'appel de Paris a confirmé récemment une ordonnance de référé obligeant sous astreinte l'éditeur d'un livre politique à retirer des passages attentatoires à la {vie privée} d'un couple d'hommes homosexuels. Rares sont les cas où les magistrats vont jusqu'à paralyser la diffusion d'un livre pour protéger les sentiments d'individus isolés.

Mais, en l'espèce, le cas présente un contexte spécifique. Le livre en cause est une étude consacrée au parti d'extrême-droite français, le Front National. L'histoire du XXe siècle a pu montrer que les partis extrémistes (tant à droite qu'à gauche) n'ont jamais brillé par leur libéralisme en matière de moeurs, et en matière de regard porté sur l'homosexualité en particulier. L'auteur du livre litigieux a donc jugé intéressant de mettre en lumière l'homosexualité d'un cadre de ce parti, pour son rôle supposé dans le débat relatif au mariage pour tous.

Là où le bât blesse est que l'auteur a donné moult précisions sur l'intimité du couple formé par ce cadre et un autre militant du Front National. La presse s'est faite l'écho de la motivation de l'arrêt de la cour qui aurait considéré que l'orientation sexuelle d'un homme politique relève bien du droit à être informé, à l'inverse des détails de son intimité impliquant son compagnon.

La solution est classique : celui qui prétend exercer des responsabilités politiques voit son droit à la vie privée restreint, à l'inverse de celui qui, même militant d'un parti, ne prétend pas briguer des fonctions électorales.